BLOGUE | Ouvrir les portes du développement économique résilient aux changements climatiques et inclusif dans les terres arides : les voies d’un monde résilient

Par Eva Ludi, Chercheuse principale du consortium PRISE

 

Dans un monde résilient, les régions marginalisées comme les terres arides ne sont plus négligées; elles sont plutôt intégrées au reste du pays du point de vue économique, social et politique et sont le théâtre d’activités économiques prospères, inclusives, équitables et résilientes aux changements climatiques. Les régions et les pays arides seront en mesure de suivre le rythme du réchauffement planétaire avec des mesures d’adaptation, tandis que les sociétés et les économies sont capables d’éviter et d’absorber les répercussions des changements climatiques, ainsi que de s’y adapter. C’est cette vision qui a guidé les chercheurs participant au consortium Promouvoir la résilience des économies en zones semi-arides (PRISE) au cours des cinq dernières années.

 

Au moyen de ses recherches et de sa collaboration avec un éventail de parties prenantes allant de éleveurs et d’associations de cultivateurs à des ministères et à des parlementaires en passant par des petites et moyennes entreprises, le consortium PRISE a fait la promotion d’une approche intégrée de la planification du développement et de l’adaptation dans le cadre de laquelle les ministères et les secteurs travaillent ensemble à tous les niveaux, de local à international, pour d’abord comprendre les facteurs de la marginalisation et de la vulnérabilité, puis, plus important encore, pour cerner les possibilités de développement économique et de transformation résilients aux changements climatiques.

 

Les climats et les contextes de production changeants dans les terres arides ont mené à une plus grande mobilité et à une intensification des échanges commerciaux entre les régions, les collectivités et les pays. Ces mouvements de gens, de biens et de services ont créé des possibilités de croissance économique, mais ont aussi apporté des défis comme la compétition pour les ressources naturelles et l’influence politique. Les recherches du consortium PRISE au Sénégal, au Burkina Faso, au Kenya, au Pakistan et au Tadjikistan ont démontré que les politiques d’adaptation doivent reconnaître et prendre en considération les caractéristiques particulières des terres arides, à savoir leurs caractéristiques géographiques et climatiques, la mobilité des gens, des biens et des fonds, ainsi que le caractère informel de nombreuses activités économiques. Ces caractéristiques doivent être intégrées dans la planification nationale du développement et surveillées pour éviter toute mauvaise adaptation. Les recherches du consortium PRISE ont permis de découvrir que ce sont les acteurs du secteur privé (y compris les producteurs, les ménages et les petites et moyennes entreprises) qui se chargent de la plus grande partie de l’adaptation sur le terrain; ils ont donc besoin d’être soutenus par un environnement propice qui leur fournit les bons incitatifs pour que l’adaptation constitue un investissement viable. Les options d’adaptation doivent être à la fois socialement acceptables et économiquement viables. Des politiques inclusives et axées sur les sexospécificités et un soutien adéquat sont nécessaires pour mobiliser le potentiel des femmes et des autres groupes marginalisés, y compris les jeunes.

 

En faisant le bilan des cinq années du consortium PRISE et des preuves générées par les différentes équipes de recherche, nous avons constaté que la vulnérabilité climatique est influencée par une vulnérabilité et des inégalités socioéconomiques plus larges dans les terres arides. Nous avons également vu que même si les producteurs, les ménages et les entreprises ont développé un éventail de stratégies d’adaptation, celles-ci, bien souvent, ne suffisent plus pour faire face aux répercussions des conditions météorologiques extrêmes et des changements climatiques. Les producteurs et les propriétaires d’entreprise sont confrontés à une panoplie d’obstacles qui nuisent à leur capacité de s’adapter de façon durable, en partie parce que les stratégies d’adaptation proposées ne tiennent pas compte des caractéristiques particulières des terres arides : les fluctuations saisonnières, la mobilité et le caractère informel des activités économiques.

 

Les chercheurs du consortium PRISE ont cerné les possibilités qui existent dans les terres arides pour mettre en oeuvre un développement résilient, particulièrement dans les systèmes de production enracinés dans des terres arides. Nous soutenons qu’un développement économique résilient au climat, inclusif et équitable est possible dans les terres arides lorsque les conditions suivantes sont réunies :

 

  1. les initiatives et les interventions misent en premier lieu sur les secteurs de production existants et sur l’approche existante au moyen d’une transformation de la chaîne de valeur;
  2. un environnement propice articulé autour des politiques et des institutions appropriées est créé : infrastructure résiliente, technologie et marchés qui soutiennent les activités économiques dans les terres arides; données et renseignements pertinents et accessibles, information et renforcement des capacités; environnement économique et financier approprié.
  3. la mobilité en tant que stratégie d’adaptation durable est reconnue et soutenue activement;
  4. les groupes les plus vulnérables sont au coeur des interventions et du soutien politique;
  5. la collaboration transfrontalière est favorisée; et
  6. les investissements dans les terres arides par les acteurs des secteurs public et privé sont soutenus au moyen de fonds pour le climat ciblant précisément ces régions.

 

Malgré le fait que les terres arides se réchauffent plus rapidement que la moyenne mondiale et que les précipitations soient encore plus imprévisibles (Groupe d’experts intergouvernemental OMM/PNUE sur l’évolution du climat, 2014), nos résultats de recherche et notre collaboration intensive avec un vaste éventail de parties prenantes des secteurs public et privé soulignent les mesures d’adaptation concrètes qui peuvent être prises dès maintenant pour garantir que les économies dans les terres arides se transforment d’une manière qui accroît leur résilience et leur caractère inclusif et qui prépare les gens aux futurs changements climatiques et non climatiques.

 

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