BLOGUE | Parler de la recherche en fonction des objectifs mondiaux

Par Bruce Currie-Alder, Chef de programme de l'IRCAAA

L’examen annuel de l’apprentissage de l’IRCAAA, qui s’est tenu en mai 2017, a été un succès à de nombreux égards. Les articles et affiches sur la recherche présentés (plus 26) ont été très instructifs pour les participants qui ont identifié des façons d’améliorer la collaboration et réalisé des progrès dans le travail interconsortium, notamment en matière de migration, d’égalité des sexes et de contributions au Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Néanmoins, l’événement a peut-être été trop ambitieux dans son objectif d’utiliser les recherches de l’IRCAAA pour lier les objectifs de développement durable (ODD) à la planification de l’adaptation nationale. Ce blogue propose une réflexion sur cet aspect de l’examen de l’apprentissage et ses conséquences pour l’avenir de notre programme.

L’IRCAAA visait à inciter les chercheurs à comprendre comment certains aspects de leurs travaux peuvent éclairer l’un ou l’autre des objectifs mondiaux : l’eau, les femmes, l’égalité ou l’action sur le climat. En faisant des exposés de quatre minutes, les chercheurs devaient présenter rapidement leur travail, mentionner un ou deux résultats ainsi que les éventuelles répercussions sur la société de l’atteinte de ces objectifs. Avant la tenue de l’événement, Isobel McConnan et Pete Cranston ont aidé les participants à répéter leurs exposés dans le cadre de séances thématiques. De cette façon, chacun d’entre nous a pu constater les synergies entre les différents consortiums.

Toutefois, cette formule n’a pas permis de présenter de façon détaillée les recherches effectuées sur plusieurs années. Au mieux, elle a permis de transmettre des observations et de stimuler l’intérêt du public. À cet égard, la formule a fonctionné et les petits groupes de discussion qui ont suivi chaque séance plénière thématique se sont avérés très dynamiques, car les participants ont pu dialoguer, formuler des critiques et apprécier leurs travaux respectifs.

 

« J’ai appris à écouter les autres afin de pouvoir leur parler dans un langage qu’ils peuvent comprendre » -- Nokwanele Mamkeli.

Avec ces sages paroles, Georgina Cundill Kemp a rappelé aux participants que tout dialogue commence par la reconnaissance de l’autre. Pour être entendus, nous devons d’abord connaître notre public : les idées qui les intéressent et les mots qu’ils emploient pour les décrire.

Les objectifs de développement durable proposent un langage qui permet d’interpeller les auditoires sensibles au discours du développement international et aux efforts constants visant à répondre aux besoins des personnes pauvres et vulnérables. Les objectifs constituent une manière de formuler les messages de notre recherche : les ODD 5, 6, 10 ou 13 sont des façons abrégées d’indiquer comment notre travail peut contribuer à un meilleur avenir. L’astuce, c’est de ne pas s’en tenir aux conclusions immédiates de la recherche et d’identifier des pistes d’actions publiques et privées, qu’il s’agisse d’ODD, de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, de contributions nationales et de plans nationaux d’adaptation, ou simplement de stratégies de subsistance à l’intention des familles ou des entreprises.

La science doit être à l’écoute des besoins de la société, afin de s’exprimer de façon à ce que celle-ci comprenne mieux les possibilités qui s’offrent.

Les objectifs de développement durable ne peuvent pas servir de base solide pour concevoir la recherche scientifique. En effet, ils ont été adoptés en 2015 alors que nos quatre consortiums avaient déjà bien avancé. Outre les questions d’ordre temporel, ces objectifs sont le fruit d’un compromis politique rassemblant les éléments communs des visions de l’avenir de différentes sociétés. Tout comme les objectifs du Millénaire pour le développement qui l’ont précédé, le programme post-2015 est incomplet du point de vue épistémique : ambitieux, mais souffrant d’un manque de rigueur conceptuelle et analytique. Tout effort visant à mesurer et rendre compte des progrès sera partiel et assez subjectif, privilégiant certains indices plutôt que d’autres, en ignorant les liens et interdépendances entre les objectifs.

Du point de vue de la recherche, ces objectifs mondiaux ne font aucune allusion à la théorie : ils décrivent ce qu’il faut faire, mais sans dire comment. Pour expliquer les phénomènes et leurs causes, on doit s’appuyer sur une gamme importante de sciences naturelles et sociales et sur les nouvelles pratiques créées pendant que les communautés et les personnes s’efforcent de survivre et de prospérer dans un monde en mutation.

SDGs 13-1-10-5-8

Le savoir et les connaissances générées au sein des consortiums ASSAR, DECCMA, HI-AWARE et PRISE sont particulièrement utiles pour cinq des 169 buts qui constituent les dix-sept objectifs mondiaux.

Il est incontestable que notre recherche éclaire l’action sur le climat et les efforts de lutte anti-pauvreté. Lors de l’examen de l’apprentissage, Divya Nazareth (Watershed Organization Trust - WOTR) a abordé l’intégration des sciences du climat dans la gestion des bassins hydrographiques; cet exemple renforce la résilience et la capacité adaptative aux dangers liés au climat (objectif 13.1). Par ailleurs, Prince Ansah, de l’Université du Ghana, a décrit des mesures d’adaptation qui améliorent la sécurité de l’eau et la sécurité alimentaire au Ghana, un exemple d’intégration de mesures climatiques dans les politiques, les stratégies et la planification nationales. De nombreux exposés abordaient les façons de composer avec les canicules et les sécheresses, des exemples qui améliorent la résilience des personnes pauvres et vulnérables et réduisent leur exposition et leur vulnérabilité aux événements climatiques extrêmes (1.5).

Les résultats de l’IRCAAA permettent de mieux comprendre comment l’adaptation contribue à la migration et à la mobilité, à l’égalité des sexes et à la croissance économique. Les recherches d’Ayesha Qaisrani (Sustainable Development Policy Institute - SDPI), de Cheikh Wade (Innovation, Environnement, Développement Afrique) et d’autres portent sur la facilitation d’une migration et d’une mobilité des personnes de façon ordonnée, sécuritaire, régulière et responsable (10.7) en Asie du Sud et en Afrique de l’Ouest. Les travaux de Swati Pillai (WOTR) et d’Anjal Prakash (International Centre for Integrated Mountain Development - ICIMOD) traitent des réformes visant à donner aux femmes un accès égal aux ressources économiques (5.A). Enfin, les travaux de Elizabeth Carabine (Overseas Development Institute - ODI) et de Tuhin Ghosh (Jadavpur University) sur les chaînes de valeur dans l’élevage du bétail et les revenus agricoles expliquent comment améliorer les rendements économiques par la diversification (8.2).

Ainsi, notre programme est pertinent au regard des objectifs mondiaux, mais pourrait aller plus loin pour diffuser le savoir. L’IRCAAA doit identifier les messages-clés, les publics auxquels ils s’adressent et les occasions d’engagement afin d’éclairer les politiques et les pratiques à l’avenir.

Soulignons que cette tâche a déjà été amorcée au sein de chaque consortium et à travers le programme. La direction de chaque consortium, appuyée par les discussions et la planification en équipes pour l’année à venir, transmet déjà nos principaux messages et résultats. Nous comptons sur un groupe talentueux et enthousiaste de spécialistes du programme de mise en application de la recherche qui souhaitent nous aider à toucher les publics et à faciliter le changement. Nous sommes en train de choisir les événements et processus prioritaires pour 2018, depuis les plans nationaux d’adaptation jusqu’aux forums de politique régionale, en passant par les rapports du GIEC et la conférence Adaptation Futures en 2018.

Certains publics sont réceptifs aux messages sur les objectifs mondiaux, où nous commençons à avoir un contenu narratif fort. D’autres publics ont des aspirations différentes. Dans tous les cas, nous avons intérêt à comprendre notre auditoire, ses intérêts et ses motivations. C’est la seule façon de transmettre un message qui aide à améliorer la résilience des personnes vulnérables et de contribuer à changer leur vie.

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