BLOGUE | Augmentation de la température de 1,5°C et adaptation dans les points névralgiques de la planète

Par Ian Burton, professeur émérite à l’Université de Toronto

Membre du Comité consultatif sur les sciences et les politiques de l’IRCAAA

 

Les chercheurs principaux de l’Initiative de recherche concertée sur l’adaptation en Afrique et en Asie (IRCAAA) comprennent l’importance de leurs recherches sur les points névralgiques au regard des changements climatiques, et travaillent à faire inclure leurs conclusions dans le rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) portant sur les répercussions d’une augmentation de la température de 1,5 °C.

Les membres de l’IRCAAA ont participé à une réunion organisée à Oxford en septembre afin de partager leurs idées avec la communauté scientifique, le GIEC ayant été appelé (selon l’Accord de Paris de décembre 2015) à préparer un rapport spécial sur la cible souhaitée, soit de maintenir l’augmentation de la température mondiale moyenne sous la barre du 1,5 °C. Comme il ne s’agissait pas d’une conférence gouvernementale, la réunion n’était pas assujettie aux mêmes contraintes que le GIEC, dont les travaux doivent être « susceptibles d’orienter les politiques sans pour autant préconiser des choix précis ». Dans ce contexte, de nombreuses orientations stratégiques et propositions ont été avancées. La demande représente une occasion pour la communauté de la recherche de faire part de ses travaux sous une forme appropriée pour le GIEC, qui exige notamment la publication dans des revues à comité de lecture.

La question des « répercussions d’une augmentation de la température de 1,5 °C » se prête à la dichotomie inscrite dans la Convention­cadre en ce qui concerne l’atténuation et l’adaptation. Dans la première décennie de la Convention (1995 - ­2005), l’accent à l’échelle mondiale a été mis largement sur l’atténuation des répercussions.

Au cours de la deuxième décennie (2005 ­- 2015), nous avons vu une augmentation constante de la reconnaissance de l’importance de l’adaptation. Cela s’est manifesté de nombreuses façons, notamment par une augmentation du financement de la recherche en matière d’adaptation, surtout dans les pays en développement. L’IRCAAA est un très bon exemple de ces progrès dans le domaine de l’adaptation.

De ma participation à la conférence d’Oxford, j’ai retenu que beaucoup plus de participants et de présentations s’intéressaient à l’atténuation et à la façon de réduire les émissions (y compris les émissions négatives) afin d’atteindre la cible de 1,5 °C. J’ai senti un fort vent d’optimisme quant à la possibilité de limiter l’augmentation à 1,5 °C. Cet optimisme était fondé principalement sur la confiance dans les possibilités technologiques, et non tant sur une évaluation réaliste de la volonté politique ou la probabilité que l’Accord de Paris soit vraiment mis en œuvre. Seule une petite minorité de participants ont parlé d’adaptation. C’est dommage, car une augmentation de 1,5 oC aura tout de même des répercussions très importantes, surtout pour les types de points névralgiques examinés dans le cadre de l’IRCAAA. J’ai vu une occasion idéale pour les consortiums de l’IRCAAA de contribuer aux résultats des recherches montrant les répercussions qu’auront les changements climatiques même si la cible de 1,5 oC est atteinte. Il est essentiel de se pencher sur l’adaptation. Les consortiums pourraient aussi démontrer que l’adaptation est insuffisante et que les points névralgiques sont vulnérables en regard des changements climatiques déjà en cours.

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